« Epreuves d’Artiste 1990 – 2026 » du 23 au 31 mai et du 5 au 7 juin 2026.
On ne sait pas forcément qu’il existe, au fin fond de l’Occitanie, de nouveaux lieux qui feraient le bonheur des capitales régionales. Ainsi de ces deux étages dévolus aux expos, à Marciac, dans le Gers, plus précisément en Là Galerie, et qui nous font l’honneur, à l’occasion d’une fête de l’estampe (13-21 mai et 5-7 juin), d’inviter un montpelliérain qui aura voué sa carrière à la gravure : Vincent Dezeuze.
Pour lui, l’homme a d’abord gravé, avant que de peindre ou de sculpter. Les œuvres présentées s’échelonnant des années 90 (Châssis, Freins, Cyprès, Traction à vent) à nos jours (Végétaux, Rhizomes, Racines et Nymphéas), forment une petite rétrospective qui nous permet à la fois de découvrir la grande variété des motifs traités par l’artiste (Impressions de voyage, Le ruban de l’infini, Alphabet…) mais aussi les différents techniques utilisées (de la collagraphie sur bois à la cellulogravure en passant par le papier/la toile imprimés).
Les thèmes sont essentiellement dévolus à la notion de Temps (L’Instant, Sur la route) et à celle d’Espace (Labyrinthe), les deux se trouvant intimement mêlés (Souffle circulaire) et assortis de mystère (Paysage nocturne). Vincent Dezeuze s’intéresse au passage de la matière à la spiritualité que métaphorise par exemple le motif de la Marelle.
A y regarder de plus près, la propension de l’homme à tendre vers l’infini l’interpelle (Babel, La tour), d’autant que s’y ajoute une recherche d’un langage universel, que propose justement la gravure. Le cosmos le fascine : Grande ourse, La lune, Vol de nuit… Et même l’infini (Le ruban infini, de Moebius).
L’artiste ne cherche pas à éviter les obstacles que suppose une pratique traditionnellement vouée à la reproduction et qu’il vise à singulariser. Ainsi aime-t-il à perturber nos représentations du médium en recourant au grand format voire au volume comme en son installation sur toile en forme de dédale, Amazing , du côté du Pic St Loup.
Il se penche également sur le langage des signes et a inventé une sorte d’alphabet, quasi-bestiaire, d’une grande originalité (Cocomoulin) qu’il décline avec beaucoup d’humour.
Il était important de saluer cette œuvre discrète, vouée à un savoir-faire souvent méconnu ou mal aimé, et qui s’échelonne, mine de rien, sur plus de 35 ans..
Bertrand Teulon-Nouailles

Cellulogravure 210 x 75
DE LA MATRICE A L’ESTAMPE
La création d’une image imprimée suit un processus en plusieurs étapes. Le graveur travaille la matière de sa matrice, une plaque qui peut être en bois en métal ou constituée d’autres matériaux. Il s’agit de créer des « accroches » à l’encre grâce aux creux, aux reliefs ou même à la porosité de la matière.
La plaque terminée vient le moment de l’encrage, lors de cette étape on utilise des encres spécifiques de texture épaisse qui « accrochent » à la plaque, puis vient l’essuyage qui consiste à enlever le surplus d’encre aux endroits où elle n’accroche pas. Enfin c’est l’impression sous presse et enfin la découverte de l’image.
La gravure est un mode d’expression bien spécifique, surtout en estampe contemporaine où la diversité des matériaux utilisables élargit à l’infini le champ des images réalisables.
Le graveur est lié à la matière, il joue avec les matériaux, il les façonne dans le dessein de laisser leur empreinte sur le papier ou sur d’autres supports.

Cellulogravure – 65 x 50 cm
VINCENT DEZEUZE
Né en 1967, Vincent DEZEUZE a suivi sa formation à l’école des Beaux-Arts de Montpellier et particulièrement à l’atelier d’impression de Patrice Vermeille.
Dès 1990 la gravure devient son principal médium d’expression. Il a longtemps expérimenté la collagraphie et cherche toujours de nouvelles techniques dans une volonté d’évolution traditionnelle de l’estampe.
Depuis 2001, parallèlement aux expositions et aux résidences à l’étranger, il enseigne les techniques de l’estampe.
En 2007 il participe à la fondation de la Maison de la Gravure Méditerranée, lieu de pratique, de découverte et de recherche sur l’estampe, qu’il anime jusqu’en 2016.
Depuis 2020, il enseigne à l’école des Beaux-Arts de Sète.
L’ESTAMPE, UN VERITABLE MEDIUM D’EXPRESSION

Cellulogravure – 65 x 50 c
Le fil conducteur de son travail se situe au niveau du langage au sens large, le signe qui permet de communiquer. L’estampe est à l’évidence le médium approprié pour montrer le signe, elle a toujours été le support de la mémoire et de l’écrit, donc de l’échange.
Pour beaucoup d’artistes, l’estampe est encore un moyen de produire des multiples. Pour certain c’est un véritable médium d’expression. Après avoir pratiqué quelque temps la peinture, Vincetn Dezeuze s’est exclusivement tourné vers la gravure. Le processus même de création fait intimement partie de son travail, et les œuvres présentées sont avant tout l’empreinte d’autres formes.
Ses derniers travaux sont en lien avec l’institut de botanique de Montpellier. L’herbier MPU présente une impressionnante collection de plantes. Dans ce vaste monde botanique, son choix s’est porté, dans un premier temps, sur les nymphéas, sur les espèces méditerranéennes menacées et puis plus généralement sur des végétaux « graphiques » dont l’esthétique interpelle.
Les matrices utilisées pour l’impression des végétaux sont en papier journal collé, cette technique de « cellulogravure » permet une grande liberté de forme et un jeu dans les épaisseurs de la matrice donnant de nombreuses nuances à l’impression. La délicatesse des plantes est rendue par la fragilité des matrices imprimantes.
L’intervention artistique est assez minimaliste, après avoir choisi dans la collection MPU les planches qui lui « parlent », l’artiste reconstruit la forme du végétal en l’agrandissant et lui donnant des couleurs grâce aux encrages multiples sans aucune préoccupation réaliste.




